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Hypersensible et si c'était une force ?

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    Jessica
  • il y a 7 jours
  • 4 min de lecture

Par Jessica Dubois

Pendant des années, j'ai cru que quelque chose n'allait pas chez moi.

Je ressentais tout trop fort. Trop longtemps. Trop profondément. Une conversation tendue au bureau me prenait des heures à digérer. Une remarque anodine restait gravée des jours. Une musique, une lumière trop vive, une réunion en open space et je rentrais chez moi épuisée, vidée, sans comprendre pourquoi.

Les autres semblaient naviguer si facilement dans ce monde. Moi, j'avais l'impression d'être constamment à vif.

"Mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?"

J'ai posé cette question des centaines de fois. À moi-même, surtout.


Le déclic : dans une voiture, un soir ordinaire

J'avais quarante ans. Je rentrais d'une journée de travail épuisante pas physiquement, non. Émotionnellement. J'avais, comme chaque jour, absorbé les tensions de mes collègues, capté chaque non-dit, chaque micro-expression de frustration ou de tristesse autour de moi.

Dans ma tête tournait en boucle cette question familière depuis l'enfance.

Et puis je me suis souvenue d'une amie qui m'avait parlé, quelques jours plus tôt, d'un mot que je ne connaissais pas vraiment.

Hypersensibilité.

J'avais balayé ça d'un revers de main sur le moment. Encore un concept à la mode, pensais-je.

Mais ce soir-là, dans ma voiture, j'ai décidé de creuser.

Ce que j'ai découvert a changé ma vie.


Ce que l'hypersensibilité est vraiment

L'hypersensibilité n'est pas un défaut. Ce n'est pas une faiblesse. Ce n'est pas un trouble à soigner.

C'est un trait de personnalité neurologique qui concerne environ 20% de la population. Un être humain sur cinq.

Les recherches du Dr Elaine Aron, pionnière dans ce domaine, ont montré que le cerveau des personnes hypersensibles traite les informations sensorielles de manière plus approfondie, plus fine, plus nuancée. Nous ne sommes pas "trop" sensibles. Nous avons un système nerveux différemment câblé plus réactif, plus attentif, plus profond.

Quand j'ai lu les caractéristiques pour la première fois, c'était comme si quelqu'un décrivait ma vie entière depuis l'enfance.

Cette tendance à être facilement submergée par les stimuli sensoriels. Cette empathie presque douloureuse. Cette capacité à percevoir des subtilités que les autres ne voient pas. Ce besoin impérieux de solitude pour recharger ses batteries. Cette façon de vivre les émotions, les siennes et celles des autres comme si elles étaient physiques.

Soudain, tout prenait sens.

Ces migraines après les réunions en open space ? Mon système nerveux saturait. Cette difficulté à prendre des décisions rapidement ? J'avais besoin de plus de temps pour traiter toutes les informations que je captais. Cette fatigue après les interactions sociales ? J'absorbais littéralement les émotions des autres.

Je n'étais pas "trop compliquée". J'étais hypersensible.


Les signes qui ne trompent pas

Tu te reconnais peut-être dans certains de ces traits, ceux que j'ai moi-même portés longtemps comme des défauts à corriger :

💜 Tu ressens les émotions des autres comme si c'étaient les tiennes — dans une pièce tendue, tu absorbes tout sans même t'en rendre compte.

💜 Tu as besoin de temps seule pour te ressourcer — les journées chargées, les soirées en groupe te laissent épuisée même quand elles étaient agréables.

💜 Tu remarques des détails que personne d'autre ne voit — une intonation qui change, une micro-expression, quelque chose dans l'air.

💜 Tu vis les critiques plus intensément que la moyenne — même bienveillantes, elles restent longtemps.

💜 Tu es facilement submergée par les stimuli — bruits, lumières, foules, odeurs fortes.

💜 Tu penses profondément — tu analyses, tu réfléchis, tu retournes les choses dans tous les sens avant d'agir.

💜 Tu es perfectionniste — parce que tu perçois tellement de détails qu'il t'est difficile de te satisfaire de quelque chose d'imparfait.


Ce que j'ai mis du temps à comprendre

L'hypersensibilité va souvent de pair avec d'autres traits que la société nous apprend à voir comme des défauts.

La multipotentialité , cette façon d'avoir mille passions, de passer d'un sujet à l'autre, d'être incapable de se limiter à une seule voie. On nous dit que c'est de l'instabilité. C'est en réalité une richesse rare, celle de voir les connexions entre les choses, de s'adapter, de créer dans des univers multiples.

Le perfectionnisme, cet épuisement permanent à vouloir que tout soit parfait, cette petite voix qui dit que ce n'est jamais tout à fait assez. Derrière lui se cache souvent une peur profonde, celle de ne pas être assez, tout simplement.

Ces trois traits hypersensibilité, multipotentialité, perfectionnisme forment un trio que beaucoup d'entre nous portent sans le nommer. Et sans le nommer, on se bat contre sa propre nature.

J'ai longtemps fait ça.

Jusqu'à ce que je comprenne que ce n'était pas ma nature le problème. C'était le regard que je portais dessus.


Violine et moi

Quand j'ai créé Violine Beaumont, l'héroïne de L'Héritière des Fantômes, je n'ai pas inventé un personnage de toutes pièces.

Je lui ai donné ce que je connais le mieux.

Violine est hypersensible. Elle ressent trop, perçoit trop, absorbe tout ce qui l'entoure. Son don de médiumnité, cette capacité à entendre les morts n'est, au fond, que la métaphore de quelque chose que beaucoup d'hypersensibles connaissent déjà.

Cette façon de capter l'invisible. De sentir ce que les autres ne sentent pas. D'être traversée par les émotions d'autrui comme si les frontières entre soi et le monde étaient plus poreuses qu'elles ne devraient l'être.

Écrire Violine a été une façon de réconcilier quelque chose en moi.

De lui offrir et de m'offrir ce que j'aurais aimé entendre plus tôt :

Ton hypersensibilité n'est pas un obstacle à ta vie. C'est le moteur de tout ce que tu crées.


Et maintenant

Aujourd'hui je ne cherche plus à atténuer ce que je suis.

J'écris des romans avec une héroïne qui me ressemble. J'accompagne des femmes qui se reconnaissent dans ce que je décris. J'ai créé Éclats de Soi pour toutes celles qui se sont longtemps demandé ce qui n'allait pas chez elles et qui sont prêtes à découvrir que la réponse n'a jamais été un défaut.

Parce que vous n'êtes pas "jamais assez". Vous êtes infiniment trop pour un monde qui ne sait pas encore vous voir.

Et ça c'est une tout autre histoire.

La plus belle. 💜



 
 
 

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