Julia Chapman et Joanne Fluke : les deux autrices qui m'ont donné envie d'écrire des cosy mystery
- Jessica

- 18 juin
- 3 min de lecture

Il y a des livres qu'on lit pour s'évader, et puis il y a ceux qui, sans prévenir, déposent une petite graine en vous. Quelques années plus tard, vous vous retrouvez à écrire à votre tour, et vous comprenez d'où c'est venu.
Pour moi, ces graines portent deux noms : Julia Chapman et Joanne Fluke. Deux autrices que tout oppose en apparence — l'une anglaise, l'autre américaine, l'une dans les vallons du Yorkshire, l'autre dans une petite ville du Minnesota — et qui pourtant m'ont soufflé la même envie : raconter des histoires où l'on meurt, oui, mais où l'on a surtout envie de rester.
Julia Chapman, ou l'art de donner envie d'habiter quelque part
J'ai découvert Les Détectives du Yorkshire presque par hasard. Dès le premier tome, Rendez-vous avec le crime, j'étais à Bruncliffe — ce village où Samson O'Brien débarque sur sa moto rouge pour ouvrir son agence de détective, sous le regard méfiant de toute la commune, et où Delilah Metcalfe se bat pour sauver son site de rencontres. Le crime est bien là. Mais ce qui m'a happée, ce n'est pas l'enquête : c'est l'envie d'y vivre.
Julia Chapman — qui est en réalité Julia Stagg, et qui a même tenu une auberge dans les Pyrénées avant de s'installer dans le Yorkshire — sait faire d'un décor un personnage à part entière. Les collines, le pub, les commérages, le chien Calimero qui traîne dans les pages : tout cela tient le lecteur autant que le mystère. J'ai compris là quelque chose d'essentiel pour moi. On peut écrire un meurtre sans écrire la noirceur. On peut tenir quelqu'un en haleine avec de la tendresse.
Quand j'ai imaginé Saint-Clément-des-Vignes, mon village provençal, c'est ce sentiment-là que je cherchais. Pas un décor de carte postale : un endroit où le lecteur connaîtrait le nom de la libraire, le caractère de la peintre, l'odeur de la boutique. Un endroit où l'on aurait envie de revenir, tome après tome.

Joanne Fluke, ou le crime qui sent bon le four
Et puis il y a Hannah Swensen. Joanne Fluke a eu cette idée que je trouve, encore aujourd'hui, presque insolente de simplicité : faire d'une pâtissière une détective amateure, et glisser à la fin de chaque enquête les vraies recettes de son héroïne. Meurtres et pépites de chocolat, Meurtres et carrot cake… rien que les titres vous donnent faim.
Hannah tient le Cookie Jar à Lake Eden, hésite éternellement entre Norman le dentiste et Mike le gentil flic, et résout des crimes entre deux fournées. On a parlé d'elle comme d'une Miss Marple gourmande, et c'est exactement ça. Le génie de Fluke, c'est d'avoir compris que le réconfort n'est pas l'ennemi du suspense — qu'on peut frissonner et avoir envie d'un thé chaud en même temps.
C'est elle qui m'a autorisée à mettre des recettes dans mon roman. Parce que oui, mon héroïne Violine arrive dans l'herboristerie de sa grand-mère, et le savoir des plantes, les infusions, les petits gestes du quotidien font partie de l'histoire au même titre que le mystère. Sans Joanne Fluke, je n'aurais peut-être jamais osé ces pages-là. Et je dois lui avouer un autre emprunt, plus malicieux : ce cœur qui balance entre deux hommes, ce triangle qu'on ne résout surtout pas trop vite… mon Thomas et mon Julien lui doivent une fière chandelle.
Ce qu'elles m'ont vraiment transmis
Avec le recul, je crois que ces deux autrices m'ont appris la même leçon par deux chemins différents.
De Julia Chapman, j'ai retenu qu'un lieu peut devenir une raison de lire. De Joanne Fluke, qu'on peut faire entrer dans un roman policier tout ce qu'on aime — la cuisine, les plantes, les chats, les maladresses du cœur — sans rien lui retirer de sa tension.
Je n'aime pas trop le mot « feel-good », qu'on colle un peu vite à ce genre de livres. Ce que je cherche, et ce qu'elles m'ont donné le courage de chercher, c'est autre chose : des histoires honnêtes, où le crime existe vraiment, mais où l'on prend soin des gens. Où l'on referme le livre un peu réconfortée, sans s'être menti.
Alors quand on me demande ce qui m'a donné envie d'écrire des cosy mystery, je réponds sans hésiter : deux autrices, un village anglais sous la pluie, et l'odeur des cookies tout juste sortis du four. Le reste, c'est venu tout seul.
Julia, Joanne, vous ne me connaissez pas, et vous ne lirez sans doute jamais ces lignes. Mais je tenais à vous le dire, simplement, du fond du cœur : merci. Merci pour ces heures volées au monde, pour ces villages où l'on se sent chez soi et ces recettes griffonnées en fin de chapitre. Vous m'avez montré qu'écrire pouvait être un geste tendre, même quand il est question de meurtre. Sans le savoir, vous avez tenu ma main pendant que j'écrivais mon premier roman. Et ça, je ne l'oublierai pas.



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