Joséphine Beaumont : Mamie Jo, comme tout le monde l'appelle
- Jessica

- il y a 7 jours
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Rédigée par Joséphine elle-même. Avec beaucoup de tisane et un peu d'espièglerie.
Bonjour chers lecteurs.
Je m'appelle Joséphine Beaumont. Mais tout le monde dit Mamie Jo, alors Mamie Jo, ça sera très bien.
J'ai 75 ans. J'habite en Provence depuis toujours. Je tiens une herboristerie depuis plus de quarante ans.
Et je sais des choses que la plupart des gens ne savent pas. Sur les plantes. Sur les gens. Sur ce qui se cache derrière les apparences.
J'ai appris à observer. C'est le plus beau des dons, si vous voulez mon avis.
La Boutique des Secrets
Je ne l'ai pas créée, je l'ai reçue.
Ma mère me l'a transmise. Sa mère la lui avait transmise avant elle. Et ainsi de suite, de mains en mains, de génération en génération, aussi loin que la mémoire de notre famille remonte.
La Boutique des Secrets existe depuis longtemps. Bien avant que les herboristeries soient à la mode. Bien avant que les gens comprennent ce que les plantes pouvaient faire pour eux.
Il y a eu des époques où les gens nous regardaient avec méfiance. D'autres où ils frappaient à notre porte en secret, le soir, pour ne pas être vus.
Aujourd'hui ils viennent en plein jour et prennent des photos pour leur téléphone.
Les temps changent. Les plantes, elles, restent.
Herboristerie et Arts divinatoires, dit l'enseigne.
Ça fait sourire certains. Ça en fait entrer d'autres.
Les deux ont leur place ici.
La boutique sent la lavande, le thym, le miel chaud et le secret. Chaque plante sur mes étagères a une histoire. Chaque client qui pousse ma porte cherche quelque chose parfois une tisane pour dormir, parfois une réponse que la médecine n'a pas su lui donner, parfois juste quelqu'un qui écoute sans juger.
J'écoute. Depuis quarante ans. Je ne juge pas.
C'est pour ça que les gens reviennent. C'est pour ça aussi que Pachat reste. (Lui, il juge. Mais c'est son caractère.)
Ce que je sais des plantes
Tout.
Non, je plaisante. Presque tout.
Les plantes m'ont été transmises par ma propre grand-mère, qui les tenait de la sienne. Un savoir vieux comme la Provence, tissé de génération en génération, souvent par des femmes qui n'avaient pas d'autre façon de soigner.
La camomille pour calmer. La verveine pour digérer. La mélisse pour les cœurs qui s'emballent. Le thym pour tout le reste.
J'ai appris à Violine ce que je savais. Elle a appris vite, elle a toujours eu ça en elle, même si elle ne le savait pas encore.
Les meilleures choses en nous attendent simplement qu'on leur fasse un peu de place.
Ce que je sais des gens
Beaucoup de choses que je préfère garder pour moi.
Quarante ans d'herboristerie dans un village provençal, c'est quarante ans de confidences, de chuchotements, de vérités dites à mi-voix au comptoir pendant que l'eau bout.
Saint-Clément-des-Vignes est un beau village. Un village sincère. Mais comme tous les villages, il a ses ombres. Des secrets enfouis depuis des décennies. Des histoires qu'on croyait finies et qui ne l'étaient pas.
J'avais besoin d'aide à la boutique. Mes mains ne sont plus aussi vives qu'avant, les journées sont longues et les bocaux lourds.
J'ai appelé Violine.
C'est aussi simple que ça : une grand-mère qui demande à sa petite-fille de venir.
Ce qui s'est passé ensuite… ça, je ne l'avais pas prévu. Ou peut-être que si, un peu. Les plantes nous apprennent que rien n'arrive par hasard.
Ma petite-fille
Violine est arrivée épuisée, tendue comme un fil de laine trop serré.
Elle avait peur de son don. Elle avait peur des gens. Elle avait peur de prendre trop de place.
Je l'ai regardée arriver et j'ai pensé : elle est prête. Elle ne le sait pas encore, mais elle l'est.
Les hypersensibles comme elle voient le monde avec une acuité que les autres n'ont pas. C'est douloureux, oui. C'est aussi un cadeau rare.
Mon rôle n'était pas de la protéger de ce qu'elle est. Mon rôle était de lui apprendre que ce qu'elle est, c'est suffisant. Plus que suffisant.
Je crois qu'elle commence à le comprendre. Pachat aussi a son rôle là-dedans même s'il ne l'admettra jamais.
Ce que j'aime
🌿 Mes plantes, mes bocaux, mes étagères qui sentent le temps et la mémoire.
☕ Le thé du matin avec Suzy qui arrive toujours couverte de peinture et repart avec une tisane contre les rhumatismes en gigotant tellement qu'elle en renverse la moitié.
📚 Les vieilles histoires. Celles que les gens ont oubliées ou cru pouvoir oublier.
🐱 Pachat. Qui fait semblant de ne m'appartenir à personne mais qui dort sur mes genoux dès que Violine a le dos tourné.
Et ma p'tite chérie Violine. Mon unique p'tite chérie.
Elle ne sait pas encore à quel point ce surnom porte tout ce que je n'arrive pas toujours à lui dire.
Ce qu'on dit de moi
Suzy dit que je suis "la femme la plus sage de toute la Provence et probablement au-delà".
Anita dit que j'ai "une façon de poser les questions qui fait que les gens répondent à voix haute à ce qu'ils se demandaient en silence".
Violine dit que je lui manque même quand je suis là.
(C'est ma préférée.)
Pachat ne dit rien. Mais il reste. C'est sa façon à lui.
Pour finir
J'ai 75 ans. J'ai vu beaucoup de choses.
J'ai vu des gens porter des secrets trop lourds pendant trop longtemps.
J'ai vu des vérités remonter à la surface, toujours, tôt ou tard.
J'ai vu des femmes découvrir leur force bien plus tard qu'elles n'auraient dû.
Ce que je sais avec certitude, après tout ce temps : les liens du cœur ne s'effacent jamais vraiment.
Les plantes savent ce dont on a besoin mieux qu'on ne le croit.
Et les fantômes, eh bien, ils parlent à ceux qui savent écouter.
Violine sait écouter. C'est tout ce qui compte.
🌿
P.S. — Si vous passez à la boutique, je vous prépare une tisane. Celle qu'il vous faut, pas forcément celle que vous demandez. Vous verrez, ça revient au même.
P.P.S. — Pachat est sur mon fauteuil en ce moment. Il dit qu'il surveille. Je dis qu'il dort. On ne se disputera pas là-dessus.
P.P.P.S. — Lisez le roman de Violine. Elle a tout dit avec ses mots à elle et ses mots sont beaux. Je suis fière. Même si je ne le lui dis pas assez.
🐈⬛



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