La "Boutique des Secrets Herboristerie et Arts divinatoires" à Saint-Clément-des-Vigne
- Jessica

- il y a 7 jours
- 3 min de lecture
Racontée par elle-même. Parce que les vieilles pierres ont beaucoup de choses à dire.

Je suis là depuis longtemps.
Bien avant que vous soyez nés. Bien avant que votre grand-mère soit née. Bien avant que quiconque dans ce village se souvienne de quoi que ce soit.
Les murs ont absorbé des générations de secrets. Les poutres portent le poids de toutes les confidences murmurées au comptoir. Les pierres savent.
Elles ne disent rien. C'est pour ça qu'on m'appelle "La Boutique des Secrets".
Ce que je suis
Une herboristerie, d'abord.
Des bocaux alignés du sol au plafond : camomille, verveine, lavande, mélisse, thym, romarin, millepertuis. Des dizaines d'étiquettes écrites à la main, certaines si anciennes qu'elles ont jauni.
Des bouquets d'herbes sèches suspendus aux poutres qui se balancent légèrement même sans courant d'air. Les habitués ne le remarquent plus. Les nouveaux venus lèvent les yeux et ne disent rien.
Un vieux comptoir en bois poli par des décennies de mains posées dessus, des mains qui cherchaient quelque chose, qui tendaient de l'argent, qui serraient celles de Joséphine un peu trop longtemps en partant.
Et une odeur. Mon odeur. Lavande, thym, miel chaud et quelque chose d'indéfinissable que personne n'arrive jamais vraiment à nommer. Quelque chose qui ressemble au temps qui passe. Ou aux histoires qui restent.
Ce que je cache
Des arts divinatoires, ensuite.
C'est écrit sur l'enseigne certains sourient en la lisant. Ceux qui sourient ne sont généralement pas revenus me voir. Les autres, si.
Dans l'arrière-boutique, il y a une petite table ronde. Deux chaises. Un jeu de tarot usé aux coins, manipulé par trois générations de mains féminines.
Joséphine y reçoit ses consultations. Violine y hésite encore mais elle apprend.
Ce qui se dit dans cette arrière-boutique ne sort pas. C'est la règle depuis toujours. Les pierres le savent. Elles ne diront rien.
Mes gardiennes
Elles sont trois enfin, quatre si on compte Pachat.
L'arrière-arrière-grand-mère de Joséphine a fondé cette boutique il y a si longtemps que personne n'en connaît la date exacte. Une femme qui savait ce que les plantes pouvaient faire et ce que les gens avaient besoin d'entendre.
Sa fille, puis sa petite-fille ont continué. Chacune à sa façon. Chacune avec ses propres secrets, ses propres douleurs, ses propres forces.
Joséphine m'a reçue comme on reçoit un héritage précieux — avec respect, avec humilité, et avec une tisane pour fêter ça.
Violine est arrivée par une belle journée d'été, fatiguée et un peu perdue. Elle ne savait pas encore que j'attendais quelqu'un comme elle.
Et Pachat lui il était là bien avant tout le monde. Du moins c'est ce qu'il prétend.
Ce que j'offre à ceux qui entrent
À ceux qui cherchent à dormir : la camomille et la mélisse.
À ceux qui cherchent à digérer : la verveine et le fenouil.
À ceux qui cherchent à oublier : le tilleul et la fleur d'oranger.
À ceux qui cherchent à se souvenir : rien.
Certaines choses reviennent seules quand on est prêt.
À ceux qui cherchent des réponses : une consultation dans l'arrière-boutique, deux chaises face à face, et quelqu'un qui écoute vraiment.
À ceux qui ne savent pas ce qu'ils cherchent, les plus nombreux, les plus touchants : je leur offre mon odeur, la chaleur de mes vieilles pierres, et le ronronnement de Pachat si la chance leur sourit.
Parfois c'est tout ce dont on a besoin.
Ce que je sais
Beaucoup de choses.
Des secrets de famille vieux de trois générations. Des amours cachées, des trahisons oubliées, des vérités enterrées. Des histoires qui datent de la guerre , celles dont on ne parle pas à table.
Je les garde tous. Ce n'est pas mon rôle de les révéler.
Mais quand le moment est venu, quand quelqu'un de suffisamment courageux, suffisamment sensible, suffisamment ouvert pousse ma porte alors parfois les secrets remontent.
Tout seuls.
Violine l'a découvert à ses dépens. Elle n'était pas venue pour ça. Les secrets s'en fichent. Ils attendent simplement la bonne personne.
Pour vous trouver
Saint-Clément-des-Vignes, Provence. La rue principale. L'enseigne en bois peint, un peu usée, un peu penchée. Joséphine dit qu'elle va la faire refaire. Elle dit ça depuis vingt ans.
Vous ne pouvez pas me rater. Ou plutôt si vous êtes censé me trouver, vous me trouverez.
C'est comme ça que ça fonctionne, ici.
🌿
P.S. — Si Pachat vous accueille en ronronnant, c'est bon signe. S'il vous tourne le dos, réfléchissez à vos intentions avant d'entrer.
P.P.S. — La tisane est toujours chaude. Joséphine veille à ça.
P.P.P.S. — L'Héritière des Fantômes raconte ce qui s'est passé ici un été. Je confirme tous les faits. Sauf ceux que je préfère garder pour moi.
🐈⬛



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